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Les bruits de la vie, le marchand qui vante ses melons, les étals
de couleurs, fruits et fleurs ensemble offerts aux regards, la fanfare
en bruit de fond et ses vieux airs de chanteur des rues. Des paniers qui
débordent, des enfants qui se faufilent et volent au passage une
cerise trop tentante, des chalands qui prennent leur temps pour choisir.
Ce n'est pas encore le midi de la France, mais ça lui ressemble.

La vielle dame toute ridée, celle qui ne vient qu'à partir
du mois de mai, vendre ses fraises au parfum sauvage. Le "bonjour
la belle demoiselle" un peu commercial, mais si avenant du marchand
d'herbes "cueillies du matin". Le voisin qu'on ne salue jamais,
sauf ici.
Ce n'est pas un village, mais ça lui ressemble.
Une terrasse de café. Les places au soleil qui donnent envie de
rester assis des heures, à contempler, à méditer.
Les journaux qui circulent. Un homme seul, à l'écart, devant
un fatras de feuilles de papier, qui écrit sans jamais lever la
tête. Les gens qui se parlent d'une table à l'autre, commentent
le temps, l'actualité, refont le monde.
Ce n'est pas un grand café du boulevard Saint-Germain, mais ça
lui ressemble.
Et ce moineau impertinent venu cueillir, jusque dans la soucoupe, la dernière miette du croissant.
C'est un dimanche matin ordinaire au marché de la Croix-Rousse.
J'ai une tendresse particulière pour
cette ambiance de la Croix-Rousse, chaleureuse et parfois décalée.
Riche de toutes les générations confondues, de son mélange
de marginaux et de bourgeois, d'étrangers qui, ici, par miracle,
ne le sont plus, d'artistes méconnus et qui le resteront.
Béatrice Chevalier
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