L'interview 3
Un homme, une ville, une Histoire

La passerelle du Palais de Justice de Lyon
LP : Comment définiriez-vous
Lyon ?
Lyon est comme une femme, il faut qu'elle accepte de s'ouvrir à
vous pour pouvoir la comprendre. C'est une ville initiatique, au sens
où il faut être initié pour comprendre son sens profond.
LP : Quel est votre lieu
préféré à Lyon ?
Ma
passion pour la ville me pousserait à tous les citer. En restreignant
au maximum
je dirais le Vieux Lyon, la place des Jacobins qui est
la place la plus érotique de la ville, mais surtout, surtout, la
place des Terreaux. C'est le lieu le plus mystérieux de Lyon
cette place semble être construite sur une source d'énergie
ésotérique
Je ne m'étends pas car je pourrais
en parler des heures durant !!
LP
: Est-il facile d'assouvir à Lyon une passion pour
le patrimoine historique telle que la votre ?
Ce
n'est pas si simple d'être un amoureux du patrimoine, surtout à
Lyon. C'est une ville qui n'a jamais eut une tradition très conservatrice
du patrimoine. Le désintérêt pour les quartiers anciens
a d'ailleurs été très manifeste en 1938 : on a envisagé
une percée du Vieux Lyon et on rêvait de démolir l'ensemble
du quartier Saint Paul et Saint Jean. Les hommes au pouvoir ne considéraient
pas encore les ensembles historiques comme dignes d'intérêt.
De plus, Edouard Herriot, maire de Lyon, soulignait cette même année
l'aspect sordide du Vieux Lyon, à l'époque quartier mal
famé et insalubre. On y a échappé de peu, et surtout
grâce à l'association de Régis Neyret. Il est vrai
qu'à Lyon rien n'est fait pour nous aider dans notre combat. Prenons
comme unique exemple la rue Plancus Marcus, qui porte le nom du fondateur
de Lugdunum. Aucune mise en valeur n'est accordée à cette
rue qui est pourtant la première rue de Lyon
D'un autre coté
tout ceci n'est pas sans laisser d'espoirs : en effet disons-nous que
tout reste à faire
!
LP
: Quel est votre prochain combat ?
Je
me bats sans cesse pour que les gens aiment leur ville et la respectent.
Je me suis battu pour être ce que je suis, pour mener à bien
de nombreuses visites insolites : dans le clocher de l'hôpital de
la Charité, j'ai réussit à envoyer des plongeurs
sous-marins explorer la nappe d'eau qu'il y a sous Fourvière
Mais il y a un combat que je mène depuis une dizaine d'année
et qui n'a pas encore aboutit : je voudrais créer un tour touristique
des souterrains de Lyon. J'ai fait moi-même plusieurs fois la visite
de ces souterrains. Les premières photos parues avaient même
fait un tabac ! C'était d'ailleurs de là qu'était
partie ma collaboration avec l'Office de Tourisme
Peut-être,
un jour
LP : Quel homme êtes-vous
face aux nouvelles technologies ?
Oula
! (rires) Vous savez que je ne me suis jamais intéressé
au vouèbe. Je n'ai pas le temps pour internet. Moi j'en suis encore
à écrire sur les enveloppes à la plume, et à
l'encre verte de surcroît (c'est celle qu'on ouvrira en premier
dans une pile de courrier). Je connais le traitement de texte et le scanner,
mais mes connaissances des nouvelles technologies s'arrêtent là.
Mais je m'y interresserait forcément un jour...
LP : Vous n'avez jamais pensé
à apprendre et à vous moderniser ?
J'ai toujours
préféré mes diapositives aux visites high-tech. De
plus, le style de clients avec qui je travaille ne voudrait pas d'un Jean-Luc
Chavent modernisé ! Ce ne serait pas moi. Passionnés du
patrimoine, restons en au patrimoine. De toute façon, même
si je le désirais, je devrais faire face à un gros problème
de temps.
LP
: Avez-vous déjà songé à employer
quelqu'un qui vous seconderait ?
Oui bien
sûr. Mais à chaque fois cela n'a pas marché. En effet
Jean-Luc Chavent n'est pas une marque de grande distribution mais un produit
unique. Les gens veulent faire appel à Jean-Luc Chavent et non
à n'importe quel guide touristique. Plusieurs fois dans mes visites
j'ai essayé d'engager un autre guide et de faire deux groupes,
mais les gens préfèrent me suivre, ce qui est très
gênant tout de même, pour mon confrère...
De plus je sais pertinemment que les clés des secrets de Lyon ne
seront prêtées qu'à moi et à personne d'autre.
C'est une question de confiance, celle-ci a été longue à
acquérir, j'ai dû me battre pour la gagner. Certaines personnes
agées acceptent de me laisser monter chez elles et de m'ouvrir
leur album photos afin que je prenne des clichés à partir
de ces merveilles enfouies. Un tel degré de confiance ne s'acquiert
pas sur un simple coup de pouce. 
Julie
Vivier
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