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Rencontre avec
Christian
Johan Bégot
Je crois qu'il est délicat, simplement
délicat. Non, d'abord délicat, parce qu'aussi il est raffiné.
Sa boutique, sur la place Bellecour, est élégante, on sait
qu'il diffuse Irié et Paul Smith. On sait qu'il habille hommes
et femmes, on sait qu'il n'aime plus, aujourd'hui, les mondanités.
Qu'il préfère une certaine excellence, celles des pauses,
du temps que l'on prend pour savoir, comprendre, se trouver. Rencontrer
et partager. Christian Johan Bégot me confirme qu'il ne souhaite
pas parler des gens de mode, et préfère aborder le système
de mode. Parler " des grands de ce monde " qui sont les créateurs.
Le ton est donné. L'homme déteste autant la médiocrité
que le paraître ; pour lui tout est affaire d'humilité. C'est
un principe. Pas envie de chercher ce qui l'a conduit ici, ou plus exactement
pas envie de savoir pourquoi il a, maintenant, cette vision des choses
; simplement envie de l'écouter.
La mode un camouflage ? Non, un tuteur. Certains mouvements de mode peuvent
même être des thérapies de groupe. L'engagement est
pour lui sévère : " il ne faut pas sous le prétexte
d'une capacité créative donner libre accès aux podiums
à de pâles copies. Lorsque qu'un créateur travaille
à l'architecture, à la découverte, à l'alliage
des matières, il faut respecter ce travail. " J'ai presque
envie de rajouter : " pour l'éternité ", car c'est
bien dans une dimension d'éternité que s'inscrit Christian
Johan Bégot. Laisser la paternité aux initiateurs, aller
à l'origine des choses. L'essence comme priorité. Substance
majeure. Bienveillance pour ce qui est force vive. Il complète
" il faut faire très attention à ne pas sacraliser
ceux qui sont des pompeurs ". Faussaires. On entend qu'il n'aime
pas la copie.
Il préfère de loin l'authenticité d'une création.
Dans la même ligne de pensée, Christian Johan avoue qu'il
préfèrerait que l'on enseigne aux étudiants l'autonomie,
comme le développement de leur libre arbitre. Qu'on les conduise
plutôt qu'on ne leur impose. Lui qui cite et lit, insiste, "
il est capital de se nourrir de telles ou telles références,
de puiser dans Barthes, Hermann Esse, ou d'autres
" Parce l'humain
n'est que là. Comprenons qu'il faut donner à l'étudiant
la substance de la réflexion. Lui permettre de trouver le sens
des choses. Christian Johan Bégot est attaché à la
dignité. Il cite en exemple Marseille, où les gens prennent
le temps de s'arrêter, de regarder. Marseille n'a pas de type d'insolence.
La cité est la ville de l'ouverture. Sachons la lire, et nous comprendrons.
Il l'apprécie pour cela.
Christian Johan Bégot aime l'apport créatif et ce regard
attentif qui va vers la création. Mais il déteste le mensonge.
Le travesti. Les aura décalées, retenues, absorbées
par un désir d'être autre.
On n'achète pas son image. Il cite Prévert " elle
posa son vison et partie nue dans le désert ". Son entière
perception est là. Le rôle de la mode est avant tout d'offrir
une part de rêve. " Lorsqu'une petite fille rêve de princesse,
il faut la laisser rêver ". La mode ne doit pas être
un carcan, mais un sas entièrement tourné vers l'extérieur,
un vecteur de rencontre. La mode doit porter à se tourner vers
autrui. " Il est fondamental que les espaces soient beaucoup plus
ouverts, que la personne qui nous regarde n'ait pas passé une frontière.
Si c'est le cas, c'est un faux luxe qui va droit à l'enferment
". C'est négatif. Il sous entend qu'il existe un vrai luxe,
il en donne une définition bien jolie : " le vrai luxe est
le goût du simple, c'est un art de vivre. Le simple et le luxe se
confondent. Les individus que l'on rencontre sont trop souvent travestis
". Christian Joahn Bégot tient à évoquer la
vérité, l'authenticité. La vérité n'est
rien d'autre que la simplicité. C'est ainsi que lui-même
a pu nouer de grandes amitiés, de grandes rencontre qu'il a su
transformer. Le partage
Cette dimension supérieure que donne
le partage. Plus que capitale : primordiale.
Il revient à la mode " elle est obligatoirement dépendante
d'un autre mouvement. Elle puise dans la magie du voyage, dans les mouvements
d'artistes, les époques, les morphologies, les influences. On a
besoin à un moment donné de pouvoir se retrouver en une
sorte de mouvement collectif ". Nous évoquons le mouvement
japonisant qui a eu le succès qu'on lui connaît simplement
parce qu'il existait une attitude complètement zen, un besoin de
retour aux sources qui ont abouti au minimalisme. Pureté. Selon
Christian Johan Bégot toute extravagance rejoint le propos de l'unité.
Il estime qu'il faut veiller à la perte de repères ; là
est le risque de l'extravagance, une dénature de soi. Une effraction
personnelle pour le paraître. Vil. On revient au mensonge, et il
souligne " On est ce que l'on est ". Le meilleur est de le devenir
: essence du bonheur.
Pour le grand public la mode reste un plaisir qui garde toute sa dimension
; un vêtement c'est une collection dans le sens où l'on se
trompe quand l'on jette une pièce de sa garde robe. Par le vêtement
on écrit sa propre histoire. C'est un constitutif à la mémoire.
Notre mémoire intime, et personnelle. L'élégance
? On identifie toujours l'élégance. Sur tous on la lit :
sur une personne avec un simple tee-shirt ou même nu sur une plage.
L'élégance est une attitude, une place que l'on prend dans
l'espace, dès lors toute personne peut-être élégante.
Il faut simplement savoir se préparer à l'ultime, ne être
en attente et se laisser porter parce que l'on est tous identiques face
à l'ultime. J'estime qu'il est difficile de ne pas attendre, de
ne pas se laisser emporter par l'envie ; certainement mais cette attente,
pour lui est un bienfait. Une force que l'on se doit d'avoir pour s'épurer.
Se trouver. Se correspondre. Dans cette démarche le silence est
essentiel. Et il aime le silence. Plus que tout. Parce qu'on y entend
tout.
Il a appris le plus, non pas à l'université,
mais dans ce qu'il définit lui même comme une insatiable
curiosité d'Homme qui va jusqu'à l'errance et qui a besoin
de la rue. Le premier témoignage de la beauté, est non seulement
la rue, mais se trouve dans la rue. Preuve des existences, supports des
joies les plus immenses, des joies les plus éphémères.
Mais aussi celles qui ne rompent pas sous le joug du temps, qui ne s'effacent
pas. Il y a quinze ans il rencontre un artiste des rues, fil d'amitié
lien, échange de lettres, courriers, jamais l'un et l'autre ne
se sont oubliés. Christian Johan Bégot sait avoir le souvenir
du coeur. De l'attachement, de l'amour pour l'essentiel.
Fabiène Gay Jacob Vial
CJB
24 place Bellecour - 69002 Lyon
Tél : 04 72 41 04 60
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