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Rusalka
 

 

 

 

Rusalka, à l'Opéra de Lyon du 6 au 21 novembre 2001. Copyright G. Amselem

 

Ivan Fischer ! Enfin !

 

Après avoir inauguré sa saison 2001-2002 avec le bien pâle Siège de Corinthe de Rossini, l'Opéra National de Lyon, cette fois ci, nous régale avec une œuvre de Dvorak : Rusalka.
Un spectacle exceptionnel, dans la mesure où c'est la deuxième fois que Ivan Fischer, directeur musical depuis un an, dirige un opéra à Lyon. Pour l'occasion, il a choisi une œuvre très peu connue en France : elle n'y avait jusque là été jouée que deux fois. Et pour l'occasion, il s'est aussi entouré d'artistes de renommée internationale, aux C.V. et à la discographie des plus impressionnants.

 

Rusalka

 

Dvorak - compositeur tchèque de son état - est assez peu connu en France, si ce n'est pour son nom imprononçable - dire " Dvorjak " en société fait toujours son petit effet - et pour deux de ses œuvres - la Symphonie du Nouveau Monde et les Danses Slaves - à peu près aussi légères et digestes que le serait une tartiflette garnie de cassoulet toulousain.
Pourtant, Dvorak fut un compositeur prolixe, qui a touché à tous les genres musicaux. Rusalka, composé en 1900, après son retour des Etats-Unis, est son avant-dernière œuvre et sans doute l'une des plus aboutie.

L'argument en est forcément connu de tous : une ondine - sorte de sirène d'eau douce - tombe amoureuse d'un prince...
Elle décide alors de changer de nature pour pouvoir l'aimer librement... tout en restant muette comme la carpe qu'elle était - à peu de choses près - auparavant.
On saluera au passage le défi qui consiste à écrire un opéra, avec pour principale héroïne une jeune fille, certes jolie, mais d'un mutisme de pierre tombale...

Rusalka (Klaudia Dernerova), copyright G. Amselem


D'aucuns, lassés des jacasseries propres au beau sexe, rêveraient de rencontrer être aussi parfait ! Ce n'est pas le cas de notre prince - peu charmant - qui finit par délaisser Rusalka, créature glaciale et lunaire, pour une "princesse étrangère", créature chaude et solaire, au sex-appeal surdimensionné.
Quelques mesures de musique plus tard, l'ingrat est châtié : il meurt dans les bras de Rusalka, le temps de chanter un air qui est un sommet de l'art lyrique...
Rusalka, quant à elle, rejeté par le monde des humains, comme par celui des fées, est condamnée à errer éternellement dans l'entre-deux.

Vous aurez reconnu l'un des avatars de la légende la Petite Sirène, popularisée par Walt Disney - avec le happy end en plus - et accessoirement par Andersen.

Si l'amour "contre-nature" de Rusalka pour son prince échoue, Dvorak, lui, réussit une synthèse musicale subtile entre la musique "savante" - aux accents wagnériens - et le folklore slave.

 



Un chef d'orchestre à la hauteur de sa réputation

 

Bien qu'il soit directeur musical de l'Opéra National de Lyon depuis la saison 2000-2001, Ivan Fischer, retenu par d'autres obligations, n'avait jusqu'à présent dirigé que la Traviata à Lyon.
Rusalka fournit donc au public lyonnais l'occasion de découvrir un chef d'orchestre qui lui arrive précédé d'une réputation des plus flatteuses. Pour cette grande première, Ivan Fischer - qui est hongrois - a choisi une œuvre du répertoire d'Europe centrale dans lequel il excelle.

Sa direction est brillante : dès les premières mesures il met en relief les contrastes de la partition (musique - silence ; piano - forte) ; son interprétation n'est jamais lourde ou pompeuse ; il prouve qu'il maîtrise parfaitement l'orchestre, mais aussi les chanteurs, à qui il impose sans difficulté son rythme quand ils s'appesantissent un peu trop. .

Le prince charmant de Rousalka (Francisco Araiza ), copyright G. Amselem


L'imagination au pouvoir !          

 


Pour la mise en scène les décors et les costumes, l'Opéra National de Lyon a fait appel au duo de choc Berutti - Sabounghi dont on avait déjà pu apprécier la créativité dans Faust de Gounod en 2000.

Rudy Sabounghi place l'action dans un décors germanique froid et brumeux qui rappelle le côté lunaire de Rusalka. Il projette en toile de fond des photos de paysages qui agrandissent l'espace scénique à perte de vue.
Il a voulu utiliser toutes les possibilités techniques offertes par la salle de l'Opéra, notamment en installant de l'eau sur la scène.
Le résultat est inédit et impressionnant. L'inconvénient, c'est que les chanteurs évoluent dans un espace très restreint, et la mise en scène s'en trouve un peu statique.

Jean-Claude Berutti
a néanmoins su jouer sur les contrastes : il fait très bien ressortir le côte loufoque et comique du monde des créatures merveilleuses, et les aspects vulgaires du monde des humains.

Saluons aussi la prestation de Joël Hourbeigt à l'éclairage qui a réalisé une symbiose remarquable entre les lumières et la musique de Dvorak...
Son éclipse de soleil finale, qui aurait pu être d'un ridicule achevé, renforce au contraire l'émotion, en soulignant la rédemption du prince et l'errance de Rusalka. …


Un spectacle familial


Autour d'Ivan Fischer, l'O.N.L. a réuni une tête d'affiche impressionnante, avec des artiste de réputation internationale. Le ténor Francisco Araiza, par exemple, qui joue le rôle du prince, a chanté avec Karajan, Giulini, Colin Davis, Claudio Abbado...


Rusalka (Klaudia Dernerova), copyright G. Amselem

 

On aurait donc pu craindre que les chanteurs en résidence ne fassent pâle figure face à de telles pointures.
Il n'en est rien, bien au contraire !
Virginie Pochon, Svetlana Lifar et Daniela Denschlag, qui jouent le rôle de nymphes sylvestres, se révèlent très à l'aise et font preuve, en plus de leurs qualités de chanteuses, d'un très grand talent d'actrices.
Karine Deshayes (le marmiton) est parfaite ; elle avait d'ailleurs déjà eu l'occasion de se faire remarquer dans Roméo et Juliette de Gounod (Stefano) l'année passée.
Les second rôle sont très bien tenus par Jan Jezek (le garde forestier), Mzia Nioradze (la sorcière) et Hedwig Fassbender (la princesse étrangère). Les deux premiers campent des personnages comiques, parfois bouffons, qui ne sont jamais grossiers. La deuxième met juste ce qu'il faut de vulgarité dans le personnage de la princesse.

Ce sont finalement les têtes d'affiche qui sont le plus décevant : Ludek Vele est un ondin inconsistant ; Klaudia Dernerova est pâle et effacée - mais c'est peut-être là ce qui convient au rôle de Rusalka - ; quant à Francisco Araiza (le prince) il est un peu poussif.


Lionel Martin


Crédit Photos :
Gérard Amsellem / Opéra National de Lyon


A l'Opéra de Lyon
1, place de la comédie
Métro Hôtel de Ville


Renseignements : 04 72 00 45 45

www.opera-lyon.org

Dates des spectacles

Mercredi 7 novembre à 20 heures
Samedi 10 novembre à, 20 heures.
Lundi 12 novembre à 20 heures.
Mercredi 14 novembre à 20 heures.
Samedi 17 novembre à 20 heures.
Lundi 19 novembreà 20 heures.
Jeudi 22 novembre à20 heures.


 

Pour prolonger le Rusalka...

Lire l'article

 

Retransmission sur TLM :

Les samedi 1er et 29 décembre à 20 h 00

 

Rusalka


Direction musicale
Yvan Fischer
Mise en scène
Jean-Claude Berutti et Rosine Lefebvre
Décors et costumes
Rudy Sabounghi
Eclairages
Joël Hourbeigt
Chorégraphie
Darren Ross


Distribution

Klaudia Dernerova (Rusalka), Ludek Vele (Vodnik, l'ondin), Mzia Nioradze (Jezibaba, la sorcière), Francisco Araiza (Le Prince), Hedwig Fassbender (La Princesse étrangère), Jan Jezek (Le garde forestier), Karine Deshayes (Le marmiton), François Piolino (Un chaseur).
Virginie Pochon, Svetlana Lifar, et Daniela Denschlag (Les trois dryades : nymphes des bois).

 

 

 A l'Opera
de Lyon

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 


Rusalka (Klaudia Dernerova), copyright G. Amselem

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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