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Ivan
Fischer ! Enfin !
Après avoir inauguré sa saison
2001-2002 avec le bien pâle Siège de Corinthe de Rossini, l'Opéra National
de Lyon, cette fois ci, nous régale avec une œuvre de Dvorak : Rusalka.
Un spectacle exceptionnel, dans la mesure où c'est la deuxième fois que
Ivan Fischer, directeur musical depuis un an, dirige un opéra à
Lyon. Pour l'occasion, il a choisi une œuvre très peu connue en France
: elle n'y avait jusque là été jouée que deux fois. Et pour l'occasion,
il s'est aussi entouré d'artistes de renommée internationale, aux C.V.
et à la discographie des plus impressionnants.
Rusalka
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Dvorak - compositeur tchèque
de son état - est assez peu connu en France, si ce n'est pour son
nom imprononçable - dire " Dvorjak " en société fait toujours son
petit effet - et pour deux de ses œuvres - la Symphonie du Nouveau
Monde et les Danses Slaves - à peu près aussi légères
et digestes que le serait une tartiflette garnie de cassoulet toulousain.
Pourtant, Dvorak fut un compositeur prolixe, qui a touché à tous
les genres musicaux. Rusalka, composé en 1900, après son retour
des Etats-Unis, est son avant-dernière œuvre et sans doute l'une
des plus aboutie.
L'argument en est forcément connu de tous : une ondine -
sorte de sirène d'eau douce - tombe amoureuse d'un prince...
Elle décide alors de changer de nature pour pouvoir l'aimer librement...
tout en restant muette comme la carpe qu'elle était - à peu
de choses près - auparavant.
On saluera au passage le défi qui consiste à écrire un opéra, avec
pour principale héroïne une jeune fille, certes jolie, mais d'un
mutisme de pierre tombale...
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D'aucuns, lassés des
jacasseries propres au beau sexe, rêveraient de rencontrer être
aussi parfait ! Ce n'est pas le cas de notre prince - peu charmant
- qui finit par délaisser Rusalka, créature glaciale et lunaire,
pour une "princesse étrangère", créature chaude et solaire, au sex-appeal
surdimensionné.
Quelques mesures de musique plus tard, l'ingrat est châtié : il
meurt dans les bras de Rusalka, le temps de chanter un air qui est
un sommet de l'art lyrique...
Rusalka, quant à elle, rejeté par le monde des humains, comme par
celui des fées, est condamnée à errer éternellement dans
l'entre-deux.
Vous aurez reconnu l'un des avatars de la légende la Petite Sirène,
popularisée par Walt Disney - avec le happy end en plus - et accessoirement
par Andersen.
Si l'amour "contre-nature" de Rusalka pour son prince échoue, Dvorak,
lui, réussit une synthèse musicale subtile entre la musique "savante"
- aux accents wagnériens - et le folklore slave.
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Un chef d'orchestre à la hauteur de sa
réputation
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Bien qu'il soit directeur
musical de l'Opéra National de Lyon depuis la saison 2000-2001,
Ivan Fischer, retenu par d'autres obligations, n'avait jusqu'à présent
dirigé que la Traviata à Lyon.
Rusalka fournit donc au public lyonnais l'occasion de découvrir
un chef d'orchestre qui lui arrive précédé d'une réputation des
plus flatteuses. Pour cette grande première, Ivan Fischer - qui
est hongrois - a choisi une œuvre du répertoire d'Europe centrale
dans lequel il excelle.
Sa direction est brillante : dès les premières mesures il
met en relief les contrastes de la partition (musique - silence
; piano - forte) ; son interprétation n'est jamais lourde ou pompeuse
; il prouve qu'il maîtrise parfaitement l'orchestre, mais aussi
les chanteurs, à qui il impose sans difficulté son rythme quand
ils s'appesantissent un peu trop. .
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L'imagination au pouvoir
!
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Pour la mise en scène les décors et
les costumes, l'Opéra National de Lyon a fait appel au duo de
choc Berutti - Sabounghi dont on avait déjà pu apprécier la
créativité dans Faust de Gounod en 2000.
Rudy Sabounghi place l'action dans un décors germanique
froid et brumeux qui rappelle le côté lunaire de Rusalka. Il
projette en toile de fond des photos de paysages qui agrandissent
l'espace scénique à perte de vue.
Il a voulu utiliser toutes les possibilités techniques offertes
par la salle de l'Opéra, notamment en installant de l'eau sur
la scène.
Le résultat est inédit et impressionnant. L'inconvénient,
c'est que les chanteurs évoluent dans un espace très restreint,
et la mise en scène s'en trouve un peu statique.
Jean-Claude Berutti a néanmoins su jouer sur les contrastes
: il fait très bien ressortir le côte loufoque et comique du monde
des créatures merveilleuses, et les aspects vulgaires du monde des
humains.
Saluons aussi la prestation de Joël Hourbeigt à l'éclairage
qui a réalisé une symbiose remarquable entre les lumières et la
musique de Dvorak...
Son éclipse de soleil finale, qui aurait pu être d'un ridicule achevé,
renforce au contraire l'émotion, en soulignant la rédemption du
prince et l'errance de Rusalka.
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Un spectacle familial
Autour d'Ivan Fischer, l'O.N.L.
a réuni une tête d'affiche impressionnante, avec des artiste de
réputation internationale. Le ténor Francisco Araiza, par exemple, qui
joue le rôle du prince, a chanté avec Karajan, Giulini, Colin Davis, Claudio
Abbado...

On aurait donc pu craindre
que les chanteurs en résidence ne fassent pâle figure face à de telles
pointures.
Il n'en est rien, bien au contraire !
Virginie Pochon, Svetlana Lifar et Daniela Denschlag,
qui jouent le rôle de nymphes sylvestres, se révèlent très à l'aise et
font preuve, en plus de leurs qualités de chanteuses, d'un très grand
talent d'actrices.
Karine Deshayes (le marmiton) est parfaite ; elle avait d'ailleurs
déjà eu l'occasion de se faire remarquer dans Roméo et Juliette de Gounod
(Stefano) l'année passée.
Les second rôle sont très bien tenus par Jan Jezek (le garde forestier),
Mzia Nioradze (la sorcière) et Hedwig Fassbender (la princesse
étrangère). Les deux premiers campent des personnages comiques, parfois
bouffons, qui ne sont jamais grossiers. La deuxième met juste ce qu'il
faut de vulgarité dans le personnage de la princesse.
Ce sont finalement les têtes d'affiche qui sont le plus décevant : Ludek
Vele est un ondin inconsistant ; Klaudia Dernerova est pâle
et effacée - mais c'est peut-être là ce qui convient au rôle de Rusalka
- ; quant à Francisco Araiza (le prince) il est un peu poussif.
Lionel Martin
Crédit Photos :
Gérard Amsellem / Opéra National de Lyon
A l'Opéra de Lyon
1, place de la comédie
Métro Hôtel de Ville
Renseignements : 04 72 00 45 45
www.opera-lyon.org
Dates des spectacles
Mercredi 7 novembre à 20 heures
Samedi 10 novembre à, 20 heures.
Lundi 12 novembre à 20 heures.
Mercredi 14 novembre à 20 heures.
Samedi 17 novembre à 20 heures.
Lundi 19 novembreà 20 heures.
Jeudi 22 novembre à20 heures.
Pour prolonger le Rusalka...
Lire l'article
Retransmission sur TLM :
Les samedi 1er et 29 décembre à 20 h 00
Rusalka
Direction musicale
Yvan Fischer
Mise en scène
Jean-Claude Berutti
et Rosine Lefebvre
Décors et costumes
Rudy Sabounghi
Eclairages
Joël Hourbeigt
Chorégraphie
Darren Ross
Distribution
Klaudia
Dernerova (Rusalka), Ludek Vele (Vodnik, l'ondin), Mzia
Nioradze (Jezibaba, la sorcière), Francisco Araiza
(Le Prince), Hedwig Fassbender (La Princesse étrangère),
Jan Jezek (Le garde forestier), Karine Deshayes (Le marmiton),
François Piolino (Un chaseur).
Virginie Pochon,
Svetlana Lifar, et Daniela Denschlag (Les trois dryades
: nymphes des bois).
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A
l'Opera
de Lyon




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