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Trois soeur de Peter Eötvös
Trois soeurs  

 

 



  

ZAKOUSKI & SUSHI

 
 

"Trois sœurs" est un opéra contemporain qui tient une place à part dans le répertoire de l'O.N.L., comme dans le cœur du public lyonnais. En effet, cette œuvre a été commandée à Peter Eötvös par Jean-Pierre Brossmann - qui était alors directeur de l'Opéra ; la création mondiale a eu lieu à Lyon en mars 1998, sous la double direction du regretté Kent Nagano et du compositeur lui-même.

Depuis, cet opéra a connu un grand succès et il a été repris sur la plupart des grandes scènes européennes.
Les créations de ce type sont suffisamment rares en province pour être saluées.
D'autant que, au début de la saison, lorsque "Trois sœur" a été donné au Théâtre du Châtelet à Paris, la "grande" presse nationale semblait ignorer que cette œuvre avait été créée à Lyon trois ans auparavant.
C'est donc logiquement qu'Alain Durel a voulu que "cette œuvre magnifique" - selon ses propres termes -soit rejouée à Lyon, comme un retour à son origine.

 



Une œuvre originale ?

Malheureusement, l'enthousiasme s'arrête là. Le compositeur d'origine hongroise Peter Eötvös - prononcer "eutveuche" pour les intimes - (lol !) (ptdr pour les intimes d'internet !) - a composé une musique difficile pour tous ceux qui ne sont pas familiers des dissonances de la musique post-moderne. Une partition saturée de percussions, des grincements de violents animaux...
Certes, "Trois sœurs" semble de prime abord avoir le mérite d'être une œuvre originale.

 


Exercice de style

Le livret est inspiré de la pièce de Tchékhov du même nom. Cependant, Peter Eötvös et son librettiste, Claus Henneberg, ont voulu casser la succession chronologique des événements. L'opéra raconte donc trois fois la même histoire, en la centrant à chaque fois autour d'un personnage différent :
Irina, d'abord, la plus jeune des trois sœurs, qui se résout à un mariage de raison ; puis Andreï, le frère des trois sœurs, qui a raté son mariage et sa vie ; enfin Macha, qui méprise son mari et s'éprend d'un autre homme.

Exercice de style rebattu donc, qui consiste à raconter un même événement en variant les points de vue.


 

 

Deux orchestres pour le prix d'un


La partition de Peter Eötvös prévoit que deux orchestres jouent simultanément, l'un dans la fosse, l'autre derrière le rideau de fond de scène. Cela donne un grand relief à la musique. Peter Eötvös s'est sans doute souvenu des innovations de Berlioz.

En 1837 déjà, dans son "Requiem", il avait eu l'idée de placer quatre ensembles de cuivres aux quatre coins de l'église des Invalides pour que les auditeurs se sentent encerclés, emprisonnés par les trompettes du Jugement Dernier.

Où sont les femmes ?


Peter Eötvös n'est sans doute adepte ni du politiquement correct, ni de la parité. Il trouve aux voix féminines "une présence héroïque naturelle" qui n'aurait pas convenu, selon lui, à ces anti-héroïnes que sont les trois sœurs. C'est pourquoi,

 

dans son opéra, les cinq rôles féminins sont tenus par cinq hommes : quatre contre-ténors font office de jeunes femmes - les trois sœurs Irina, Macha et Olga et leur belle-sœur Natacha ; une basse profonde tient lieu de vieille nounou. Comme un retour aux origines du théâtre et de l'opéra, quand les femmes étaient interdites de scène et de chant, même si, dans l'esprit du compositeur il s'agit plus d'une référence au théâtre japonais kabuki.

On appréciera la performance des quatre contre-ténors, voix que l'on entend trop rarement. Oleg Riabets (Irina) et Gary Boyce (Natacha) en particulier sont remarquables, même si la partition ne leur donne sans doute pas possibilité de montrer toute l'étendue de leur talent.


Et vous, pour qui allez-vous voter dimanche ?


Sous une patine d'originalité, l'ensemble de l'œuvre de Peter Eötvös est donc, somme toute, très convenu. Jusque dans la mise en scène, les décors et les costumes minimalistes d'inspiration extrême… orientale !

D'aucuns ont été sensibles à la poésie et l'émotion sensés se dégager de l'ensemble. Mais loin d'être innovant, tout cela a finalement un goût de déjà vu et on finit par s'ennuyer ferme, quand on ne grince pas des dents au rythme des couinements des violons.

Seule concession de "Trois sœurs" à la contemporanéité : à en juger par l'hémorragie qui a vidé la salle à l'entracte, cet opéra favorise lui aussi l'abstention.

 


Lionel Martin


Crédit Photos :
Gérard Amsellem / Opéra National de Lyon

"Trois sœurs",
opéra en trois séquences de Peter Eötvös (né en 1944, en Transylvanie hongroise).

Livret de Peter Eötvös et Claus Henneberg,
d'après "Trois sœur" d'Anton Tchékhov.
Créé le 13 mars 1998 à Lyon.


A l'Opéra de Lyon
1 place de la commédie
Lyon 1er


Renseignements : 04 72 00 45 45

www.opera-lyon.org

Dates des spectacles

Jeudi 18 avril à 20 heures.
Samedi 20 avril à 20 heures.
Lundi 22 avril à 20 heures.
Mercredi 24 avril à 20 heures.
Vendredi 26 avril à 20 heures.

Une rencontre avec les artistes est organisée le vendredi 26 avril après la représentation.


A écouter


Lors de sa création, "Trois sœurs" a donné lieu à un enregistrement public, édité par Deutsche Grammophon et largement récompensé.
Le disque est vendu accompagné
d'un guide d'écoute rédigé par Peter Eötvös, utile (indispensable ?) à la compréhension de l'œuvre.

or


Direction musicale
Kwamé Ryan (fosse)
et Jonathan Stockhammer (scène)

Mise en scène, scénographie, lumières
Ushio Amagatsu
Décors et peintures
Natsuyuki Nakanishi
Costumes et maquillages
Sayoko Yamaguchi

Distribution

Olga (l'aînée des trois sœurs) : Alain Aubin (contre-ténor).
Macha : Lawrence Zazzo (contre-ténor).
Irina (la puînée) : Oleg Riabets (soprano masculin).
Natacha (leur belle-sœur) : Gary Boyce (contre-ténor).
Anfissa (leur vieille servante) : Jan Alofs (basse).
Andreï (leur frère) : Albert Schagidullin (baryton).
Koulyguine (époux de Macha) : Nikita Storojev (basse).
Touzenbach (amoureux d'Irina) : Olivier Lallouette (baryton).
Soliony (autre amoureux d'Irina) : Peter Fried (basse).
Verchinine (amoureux de Macha) : Riccardo Lombardi (baryton).
Tcheboutykine (médecin) : Peter Hall (ténor).
Fedotik (un soldat) : Terence Mierau (ténor).
Rodé (un soldat) : Alexei Grigorev (ténor).

 

 A
 l'Opéra
 National

 de Lyon

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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