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Ironie
historique
Kateb Yacine est l'une des grandes figures de la littérature
algérienne. " Boucherie de l'Espérance ",
texte écrit en 1970 et présenté jusqu'au 28 octobre
au Théâtre des Ateliers, démontre d'ailleurs toute
l'actualité de son uvre. Corrosif, ironique
et dynamique, ce spectacle met en scène, avec beaucoup
d'humour, l'affrontement de deux frères ennemis : l'Arabe Mohamed
et le Juif Moïse.
Une grande figure de la littérature arabo-musulmane
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Poète, romancier,
dramaturge et chroniqueur, Kateb Yacine est un
auteur complet. Il sait tout écrire, passe d'un
style aux accents baroques et modernes avec "Nedjma"
- véritable " livre-totem " qui lui assure un premier
succès en 1956 - à l'écriture
concise et cinglante de ses chroniques d'actualité.

L'homme est aussi auteur
de théâtre, artiste singulièrement
engagé, dont les premiers mots résonnent clandestinement
sur les planches d'une scène bruxelloise, en pleine guerre
d'Algérie. Jouée par Antoine Vitez et Jean-Marie Serreau,
sa première pièce - " le Cadavre Encerclé
" est un véritable manifeste.
Dès lors, il n'aura de cesse que de persévérer
dans cette écriture théâtrale en produisant
un corpus d'uvres dramatiques, populaires mais d'une
extrême lucidité : " Boucherie de l'Espérance
ou Palestine trahie ", " Mohammed prends ta valise "
et " la Guerre de 2 000 ans ".
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Une écriture
engagée
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Ses pièces, profondément
ancrées dans l'histoire algérienne
et mondiale, deviennent ainsi un véritable "véhicule
politique". A travers ses thèmes
(la guerre israélo-palestinienne, par exemple) et son
style (Kateb écrit en arabe parlé, la langue
du peuple), Kateb Yacine permet à un public le plus large
possible de poser un autre regard sur son histoire et sur les évènements
politiques d'alors. Il tente d'ouvrir les yeux d'un public parfois
empêtrer dans son propre destin de peuple, sans moralisme,
en évitant les compromissions et avec beaucoup
d'humour.
Une démarche qui, bientôt, lui donne une importance
bien plus grande que celle conférée d'ordinaire aux
hommes de Lettres. Son parcours atypique, ses
audaces stylistiques et politiques lui valent d'être
considéré par beaucoup d'algérien comme "une
manière de conscience irrécupérable et insoumise,
un courage qui le situe aux antipodes de l'intellect serviteur".
Il devient un emblème de toute une société.
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Le " Maghrébin
Errant "
1929 : Kateb
Yacine naît à Constantine.
Dès sa plus jeune enfance, son père, bilingue, lui
apprend l'arabe et le français. Grâce à cette
double culture, il pourra suivre ses études à
l'Ecole coranique et au lycée français.
1945
: Kateb Yacine a 15 ans. Il participe à la grande manifestation
des musulmans contre la situation imposée par la France.
Arrêté, il est emprisonné
quatre mois durant.
1948 :
Après quelques mois passés en France, il revient
en Algérie et entre comme journaliste
au quotidien " Alger Républicain ".
1951
: Kateb Yacine quitte le journalisme
pour revenir en France. Il fait de nombreux petits boulots avant
de publier son premier roman.
1956 : Le journaliste
devenu auteur publie " Nedjma
". Le roman, par la force de son style et son caractère
résolument moderne, rencontre le succès.
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1971
: Loin de s'endormir sur ses lauriers, l'écrivain revient
s'installer en Algérie après de nombreux
voyages. Il se consacre alors au théâtre. Il
se met à écrire en arabe parlé
afin de s'adresser plus directement à son peuple. Naîtra
notamment :
"Boucherie de l'Espérance ou Palestine trahie",
" Mohamed prend ta valise "
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1988
: Il obtient, pour son travail littéraire et théâtral,
le Prix National des Lettres. Il meurt
un an plus tard à Grenoble.
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La langue et l'écriture comme matériau vivant
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Si Kateb Yacine met ses
réflexions politiques et philosophiques
au centre de son uvre théâtrale, les langues et
le langage - fragile lien entre les hommes - représentent aussi
un pan important de son travail. C'est d'ailleurs pour cette raison
qu'il écrit ses pièces en arabe parlé.
" Il y a un arabe mort, et un arabe vivant. ", déclare-t-il
souvent, " L'arabe vivant, c'est l'arabe populaire, car le principal
créateur de la langue, n'en déplaise à nos Ulémas,
c'est le peuple entier, lui seul peut donner à
la langue toute sa saveur. " |
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Notre
avis
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D'un
côté, Moïse le balayeur, de
l'autre, Mohamed le chômeur. Debout au milieu
de la scène, gesticulant, ils se disputent
le désert sous les regards cyniques du
rabbin et du mufti. Se mêlent alors, dans
un tourbillon satirico-tragique,
des thèmes aussi divers et variés
que les rapports ambigus entre
la religion et le pouvoir, l'ingérence
des pays européens en Palestine et en Israël,
l'attitude d'un peuple qui a conscience de passer
de victime à bourreau
En une heure,
" Boucherie de l'Espérance "
parvient à retracer avec un
humour tranchant et un dynamisme à toute
épreuve l'histoire du conflit
israélo-palestinien.
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A
mis chemin entre la farce et la tragédie, la
pièce de Kateb Yacine réussi
ce tour de force sans que le public ne ressente
aucune longueur ni aucun ennui. Les personnages sont
de véritables caricatures de commedia
dell'arte. Ils changent de rôles selon
les besoins des scènes, le mufti devient marchand,
général anglais ou choriste. Ces modifications
constantes créent une impression
de dynamisme et sont comme autant de respirations
à la pièce et au texte. Une écriture
tendue entre fureur et sérénité,
dans laquelle le langage est fonctionnel tout en restant
imagé et poétique. Il n'y a pas
un mot de trop et tout est fort bien dit.
Une
pièce écrite à la fin des
années 1960 mais
dont la pertinence la lucidité
et l'actualité sont surprenantes.
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Séverine Boiron
Au Théâtre Les Ateliers
5 rue Petit David
69002 Lyon
www.theatrelesateliers.com
Jusqu'au 28 octobre à 19h30 ou 20h30
Renseignements : 04 78 37 46 30
Boucherie de l'Espérance
Textes : Kateb Yacine
Mise en scène : Gilles Chavassieux et Philippe Mangenot
Acteurs : Ghislaine Bendongué, Rafaèle Huou, Philippe
Mangenot, Antoine Oppenheim, Alain Pierre, Alain Sergent
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Théâtre Les Ateliers
Crédit Photos :
Christian Ganet



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