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La
Sibérie
un texte poignant
Lecture scénique, lecture intimiste
Le Théâtre Les Célestins renouvelle l'expérience
des lectures scéniques commencée la saison dernière.
Dans une petite salle du théâtre à l'Italienne, quelques
chaises, une estrade et des rideaux noirs tendus le long des murs. Le
Foyer du Public est un lieu réduit, intimiste et propice à
l'épanouissement des mots.
Sur la petite scène, l'acteur est face à son public.
Il lui livre le texte dans son plus simple appareil (la mise en scène
est réduite à quelques accessoires et les déplacements
scéniques sont minimes). Au fur et à mesure du spectacle,
une relation singulière prend forme dans cette partie à
trois où le public, le texte et l'acteur entrent dans une étrange
communion. Un mode de représentation intimiste qui n'a rien à
envier au prestige de la grande salle voisine.
Le vieil homme et la mort
Maurice Deschamps
Acteur surprenant
© Théâtre les Célestins
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Avec cette première lecture, " la Sibérie " de Félix
Mitterer, le théâtre aborde le thème de la mort et
de l'abandon ressenti par les personnes âgées au crépuscule
de leur vie.
Dans la chambre d'une maison de retraite, un vieil homme se promène
avec des béquilles. Il se plaint auprès de sa belle-fille
du traitement qui lui est infligé dans cet établissement.
Du temps où il était prisonnier en Sibérie, il avait
droit à plus d'égards, prétend-il. Il veut à
tout prix rentrer chez lui, dans sa maison, qui est aussi celle de son fils
et de sa famille. Une maison partagée qui pose bien des problèmes.
Sa famille veut vivre avec son temps, le vieillard s'enferme dans le passé.
Au fur et à mesure des visites, son moral et sa condition physique
se dégradent. Il perd l'espoir, sa combativité et se retrouve
allongé, sans pouvoir bouger sur un lit à barreaux. Il gémit
"Voici que pour mes derniers jours je me retrouve enfermé comme
un animal sauvage!
Je suis un être humain! De grâce,
ne l'oubliez pas!"
Après avoir perdu la raison, il mourra dans un silence absolu.
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Connaître l'auteur
: Félix Mitterer
- Une Belle carrière
Février
1948, Felix Mitterer naît dans l'Autriche d'après
guerre....
> Lire la suite
- Une écriture proche du
public
" ... Chez nous, au Tyrol,
il existe, je ne sais pas moi, cent dialectes, un différent
dans chaque vallée, dans chaque village ou presque..."
> Lire
la suite
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Exploration psychologique
A travers cette lente progression vers la
mort, le texte explore la psychologie de l'humain dans ce qu'elle a de
plus universel et de plus intime : le rapport à la mort et à
la déchéance de soi. Car, plus que de mourir, le vieillard
semble redouter de se voir dépendre du personnel soignant, traiter
comme un enfant et amoindri.
Le texte touche alors du doigt un sujet de société particulièrement
sensible : l'aide aux personnes âgées et l'accompagnement
dans la mort. Pour le personnage, les maisons de retraite sont de véritables
" camps de déportation ". Il compare son centre médicalisé
à la Sibérie, où il a été prisonnier
après guerre. Il perçoit l'indifférence du personnel
soignant, son intéressement (plusieurs répliques montrent
l'importance d'avoir un carnet d'épargne bien rempli pour soudoyer
le personnel) comme de véritables atteintes à sa dignité.
Il n'est plus un homme, il est mis au ban de la société.
Un prisonnier ridicule qu'il suffit d'enfermer entre les barreaux d'un
lit.
Lentement, le texte souligne la décadence du personnage. Ecrite
sous forme de dialogues à une seule voix (le vieillard parle à
des interlocuteurs qu'on en voit ni entend), la pièce explique
qu'il va finir par renoncer à se battre pour, finalement, accepter
que le seul moyen de quitter cet endroit, de sortir de cette prison sociale,
c'est la mort.
Notre avis
Entre pudeur et dénonciation
Malgré un thème des plus délicats,
l'affrontement de la vieillesse et de la mort, Félix
Mitterer parvient à ne tomber ni dans le pathétique
ni dans des prises de position trop tranchées.
Le texte est équilibré, pudique
mais aussi ponctué d'images fortes - la maison
de retraite est comparée à un camp de détention,
la mort est présentée comme la seule évasion
possible, etc.
Le spectateur ressent alors la volonté de l'auteur
de ne pas juger - même s'il reste subjectif -
et cela permet le questionnement. " La Sibérie
" interroge en démontrant que rien, en la matière,
n'est tout blanc ni tout noir. D'une part, la famille qui
ne veut pas reprendre le vieillard chez elle, qui en refuse
la responsabilité et qui l'amène, dans le plus
grand secret et contre son gré, dans une maison de
retraite. De l'autre, le vieillard coléreux et aigri,
qui n'a visiblement pas compris que deux générations
différentes ont des désirs et des comportements
différents et qui se réfugie dans le chantage
à l'héritage pour garder une certaine main-mise
sur sa vie. D'un côté comme de l'autre, il n'y
a ni gagnant ni perdant, ni bourreau ni victime, il y a simplement
de l'humain.
Le jeu d'acteur de Maurice Deschamps - remarquable
dans ce rôle - est d'ailleurs le garant de cet équilibre
et de ce questionnement. Il joue à merveille les émotions
du personnage, passant de l'une à l'autre avec un naturel
saisissant. Les émotions se lisent sur son visage et
ses expressions sont comme une seconde respiration du texte,
une sorte de ponctuation scénique.
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Séverine Boiron
Crédit Photos : Théâtre Les Célestins
Théâtre Les Célestins
4, rue Charles Dullin- 69002 Lyon
Réservations : 07 72 77 40 00
Spectacle "La Sibérie (Sibérien)"
Texte : Félix Mitterer
Acteur : Maurice Deschamps
Travail avec l'acteur : Enzo Cormann
Dates des spectacles
Jusqu'au 24 novembre 2001
samedi 17 novembre 18h
mardi 20 novembre 18h
mercredi 21 novembre 18h
vendredi 23 novembre 18h
samedi 24 novembre 18h
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